C'est aujourd'hui qu'on tue le cochon

La mise à mort du cochon est une occasion pour maintenir des liens étroits avec la famille et les amis. Une occasion de cultiver l’entraide et la générosité qui ont été le ciment des habitants de l’île durant les décennies passées. Car on élève encore le cochon dans de nombreuses familles réunionnaises par tradition.

Dès quatre heures la case s’agite. Il fait encore nuit noire et on prépare le feu pour chauffer la grosse marmite d’eau. On y plonge une papaye verte. Cela permettra de mieux décoller les poils paraît-il.

Le coq réveillé par toute cette agitation sonne le réveil. Les poules se pressent le long du grillage pour regarder les préparatifs.

Le ciel s’éclaircit. Il est presque six heures. Monsieur Rolland, boucher à la retraite, arrive. C’est lui qui officie. Il sait comment abattre l’animal et il a la lourde tâche de débiter les quartiers de viande, et aussi de faire le boudin, les saucisses, le fromage de tête. Dans la cuisine, on s’affaire tout autant. Un voisin coupe les petits oignons avec le persil et on écrase le piment. Tout vient d’être cueilli dans le jardin, à la rosée. La marmite à riz est prête à entrer en action pour la collation de dix heures.

Olivier, Jean-Paul, Johnny et Josian sont déjà là. Un petit café, on regarde la bête dans son enclos, on élabore un plan de capture. « Faudrait pas qu’il se carapate dans le jardin comme l’autre fois » lance quelqu’un. Finalement sans que rien ne le laisse présager, un des hommes entre dans l’enceinte, saisi l’animal et lui passe la corde autour d’une patte. Tout va très vite, sans brutalité. Le porc est mis à terre, ligoté. Monsieur Rolland muselle le groin. Les quatre hommes saisissent la bête en poids et la porte sur la table.

La carotide tranchée, le porc est mort en quelques secondes. Le sang est récupéré. Il servira à faire le boudin. Les poils sont soigneusement grattés grâce à l’eau bouillante.

Une fois vidée, la carcasse est découpée. Les premiers morceaux sont immédiatement cuisinés. Cela fait déjà plus de six heures que tout le monde s’affaire. Un petit riz accompagne ces premiers morceaux. Il est l’heure de marquer une pause.

La maîtresse de maison prépare une part pour chaque participant. Pour le déjeuner, les épouses sont venues rejoindre les hommes. On goûte le boudin, pimenté juste ce qu’il faut, « les zoreils pourront en manger sans risque ». La journée s’achève tranquillement. On pense déjà au prochain cochon que l’on tuera dans quatre à six mois. Et on refera la fête.

© imroi 2003

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